Alors que Yoga, le dernier roman d’Emmanuel Carrère caracole en tête des meilleures ventes selon des statistiques de L’Express-Edistat, une mauvaise nouvelle vient altérer cette embellie commerciale. En effet, Yoga, a été écarté hier de la deuxième sélection du Prix Goncourt. Selon le Jury, le roman a été l’objet d’une polémique publique entre l’auteur et son ex-épouse, l’ancienne journaliste Hélène Devynck. Laquelle a tenu à clarifier sa position à cette occasion. Dans un droit de réponse, elle affirme que certains passages de Yoga sont de la pure invention surtout en ce qui concerne le séjour d’Emmanuel Carrère pour aider les réfugiés sur l’île grecque de Leros : « Les deux mois n’ont duré que quelques jours. (…) L’épisode dilaté est présenté comme une sortie de dépression, un retour à la vie. Le contraire de la réalité. Je pourrais multiplier les exemples », a-t-elle ajouté. La réaction du mis en cause n’a pas tardé. Selon lui, il ne saurait parler de son épouse sans son aval. « Ce n’est pas moi qui l’ai rompu, mais Hélène elle-même qui, tout en exigeant d’être tenue à l’écart de ce livre, s’exprime dans les médias à son sujet. Je ne lui fais pas de reproche », a-t-il affirmé pour se dédouaner.
Dans ces deux versions diamétralement opposées, des intellectuels et hommes de lettre donne leurs points de vue à corps défendant. « « Je trouve très convaincant qu’ (Hélène Devynck) ne se concentre pas seulement sur l’appropriation qu’Emmanuel Carrère fait de sa vie, mais qu’elle dénonce tout un système mensonger », a estimé Frédérick Detue, professeur de littérature à l’Université de Poitiers. Pour Nathalie Hauksson Tresch, « on peut reprocher à Emmanuel Carrère de ne pas avoir réussi à respecter l’engagement qu’il avait pris publiquement de ne plus blesser de proches. C’est dommage. Même si la littérature y gagne ». « On ne comprend pas très bien, à vrai dire, si elle (Hélène Devynck) reproche à Carrère que demeure d’elle, malgré tout, dans l’ouvrage, une trace fugitive son seul prénom, cité une fois, ou si elle regrette au fond cet effacement », a écrit la critique Nathalie Crom. C’est une polémique sans fin qui vient de naître. En attendant, l’Académie Goncourt a retenu huit titres pour ce prix qui sera décerné le 10 novembre. La sélection doit être resserrée une dernière fois le 27 octobre prochain, a-t-on appris.
Le prix Goncourt est un prix littéraire français récompensant des auteurs d'expression française, créé par le testament d'Edmond de Goncourt en 1892. La Société littéraire des Goncourt, dite Académie Goncourt, est officiellement fondée en 1902 et le premier prix Goncourt proclamé le 21 décembre 1903. Le prix annuel est décerné au début du mois de novembre par l'Académie Goncourt, après trois présélections successives, en septembre et en octobre, parmi les romans publiés dans l'année en cours. Il s'agit du plus ancien et de l'un des plus prestigieux prix littéraires français.
La liste de la deuxième sélection
Mohammed Aïssaoui, Les funambules (Gallimard)
Djaïli Amadou Amal, Les impatientes (Emmanuelle Collas)
Miguel Bonnefoy, Héritage (Rivages)
Irène Frain, Un crime sans importance (Seuil)
Hervé Le Tellier, L’anomalie (Gallimard)
Jean-Pierre Martin, Mes fous (L’Olivier)
Maël Renouard, L’historiographe du Royaume (Grasset)
Camille de Toledo, Thésée, sa vie nouvelle (Verdier)
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