Noël Le Graët, le président en difficulté de la fédération française de football, a démissionné. Le Graët, à la tête de la FFF depuis 2011, avait pris du recul au milieu d'une enquête judiciaire pour harcèlement sexuel et moral présumé et d'un audit accablant diligenté par le ministère des sports. Plus tôt ce mois-ci, l'audit concluait que Le Graet, 81 ans, n'avait plus « la légitimité nécessaire » pour administrer et représenter le sport en France et « mettait en lumière le comportement inapproprié de M. Le Graët envers les femmes ». Philippe Diallo, le vice-président, va continuer d'assurer l'intérim à la tête de l'instance. L'ancien maire de Guingamp estimerait que le retour de bâton à son encontre était injuste, mais estime nécessaire de démissionner maintenant afin de préserver son palmarès à la tête de l’instance dirigeante du football français. Ses proches, et en particulier ses filles, avaient fait pression pour qu'il démissionne.
Le Graët a d'abord provoqué le chaos dans les médias français après avoir publiquement dénoncé les capacités managériales de la légende nationale Zinedine Zidane. C'est surtout cette sortie sur Zidane, début janvier qui a finalement achevé d'ébranler la réputation de Noël Le Graët. S'attaquant à l'icône française qui aurait voulu reprendre les rênes de l'équipe de France après Didier Deschamps, il l'a égratigné dans une interview sans filtre. « Je ne l'aurais même pas pris au téléphone », a-t-il lâché à propos de Zizou. « Pour lui dire quoi ? 'Bonjour Monsieur, ne vous inquiétez pas, cherchez un autre club, je viens de me mettre d'accord avec Didier' ? » À une question sur un intérêt supposé du Brésil pour l'ex-n°10 des champions du monde 1998 et champions d'Europe 2000, il a ajouté : « J'en ai rien à secouer, il peut aller où il veut, dans un club, il en aurait autant qu'il veut en Europe, un grand club ». Comme si cela ne suffisait pas, quelques jours plus tard, des allégations de harcèlement sexuel ont provoqué de graves réactions négatives contre le président et ont maintenant conduit à sa suspension à la suite d'une réunion urgente du comité exécutif de la FFF.
Né un 25 décembre dans une famille pauvre des Côtes-d'Armor, le président de la FFF s'est forgé un destin national depuis Guingamp, où il a fait fortune dans l'agro-alimentaire, propulsé le club local, l'En Avant, du monde amateur à la Coupe d'Europe et dirigé la mairie. Le fondateur du groupe Le Graët (800 salariés), spécialisé dans la pêche, les conserves et les surgelés, s'est imposé dans la France du foot en présidant la Ligue professionnelle de 1991 à 2000. L'ancien représentant en électroménager et hi-fi a procédé à un toilettage de la gestion des clubs, avec l'instauration de la DNCG (l'instance de surveillance de la santé financière des clubs français) et est entré en collision frontale avec Bernard Tapie au moment de l'affaire VA-OM (1993), ce qui a renforcé sa stature. L'octogénaire, en place depuis 2011, a su tisser un réseau au-delà du cercle socialiste de ses débuts, s'offrant une ligne directe avec l'Élysée, de François Hollande jusqu'à Emmanuel Macron. Arrivé à la tête de la FFF sur les ruines de Knysna et de la débâcle du Mondial 2010, Le Graët reste le bâtisseur de la deuxième étoile gagnée par l'équipe de Didier Deschamps au Mondial 2018. Sous son magistère, la "3F" s'est enrichie en reprenant notamment le contrôle des droits marketing liés aux Bleus, véritable poule aux œufs d'or.
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