Le professeur Luc Montagnier est mort mardi à l'hôpital américain à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), a appris jeudi 10 février l'AFP auprès du maire de la ville Jean-Christophe Fromantin. Rejeté sur le tard pour des théories douteuses, il restera à jamais associé à la découverte du virus du sida qui lui a valu le prestigieux prix Nobel de médecine. Ses propos controversés contre les vaccins anti-Covid l'avaient remis sur le devant de la scène, lui attirant la sympathie des antivax et le discréditant un peu plus auprès de la communauté scientifique. « J'ai toujours cherché l'insolite. J'ai du mal à travailler sur un courant déjà établi », confiait ce biologiste spécialiste des virus dans un documentaire consacré à des travaux qu'il qualifiait lui-même de « sulfureux » sur la « mémoire de l'eau », diffusé sur France 5 en juillet 2014. Fines lunettes métalliques, œil vif et visage ressemblant toujours celui d’un gamin malgré ses 80 ans passés, le virologue se décrivait comme un « marginal » en blouse blanche malgré ses lauriers internationaux, avec le prix Nobel attribué en 2008 pour une découverte réalisée un quart de siècle plus tôt.
En novembre 2017, ce sont ses prises de parole contre la vaccination obligatoire des enfants qui suscitent une dénonciation publique de 106 académiciens de médecine. « Nous ne pouvons accepter d’un de nos confrères qu’il utilise son prix Nobel pour diffuser, hors du champ de ses compétences, des messages dangereux pour la santé, au mépris de l’éthique qui doit présider à la science et à la médecine », avaient-ils écrit.
Né le 18 août 1932 à Chabris (Indre), Luc Montagnier est nommé assistant à la faculté des sciences de Paris en 1955, avant de centrer ses recherches sur les virus animaux, notamment ceux dont le patrimoine génétique est constitué d’ARN et sur les liens pouvant exister entre ces virus et les processus cancéreux. Après plusieurs stages à l’étranger, il crée, en 1972, l’unité d’oncologie virale dans le nouveau département de virologie de l’Institut Pasteur de Paris. En 1983, il découvre, avec ses collaborateurs Jean-Claude Chermann et Françoise Barré-Sinoussi, le VIH. Il quittera la direction de son département en 1997, à 65 ans, pour rejoindre le Queens College, à New York, pour quelques années. En 2008, c’est la consécration pour le professeur Montagnier et ses collaborateurs : le prix Nobel de médecine leur est remis pour leurs travaux sur le VIH. Il est l’auteur ou le co-auteur de 350 publications scientifiques et de plus de 750 brevets d'après l'Institut Pasteur. Ses dérives et affirmations à l'emporte-pièce lui vaudront une fin de carrière riche en controverses, mis au ban progressivement de la communauté scientifique. Il est aussi à cette époque l'un des rares chercheurs à s'intéresser à ces mystérieux agents transmissibles non conventionnels que l'on désigne aujourd'hui sous le terme de prions 2008, le Graal.
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