Le Prix Nobel de la paix a été attribué vendredi 8 octobre à deux journalistes, la Philippine Maria Ressa et le Russe Dimitri Muratov. Le comité Nobel norvégien a salué « leur combat courageux pour la liberté d'expression » dans leurs pays respectifs. La présidente du comité Nobel, Berit Reiss-Andersen, à Oslo a déclaré que Maria Ressa et Dimitri Muratov étaient « les représentants de tous les journalistes qui défendent cet idéal dans un monde où la démocratie et la liberté de la presse sont confrontées à des conditions de plus en plus défavorables ». « Le comité Nobel norvégien est convaincu que la liberté d’expression et la liberté d’information aident à maintenir un public informé. Ces droits sont des préconditions essentielles pour la démocratie et pour se prémunir contre la guerre et les conflits », a-t-elle expliqué avant de faire cette précision de taille : « Le journalisme libre, indépendant et factuel sert à protéger contre les abus de pouvoir, les mensonges et la propagande de guerre ».
Ancienne correspondante de CNN en Asie du Sud-Est, Maria Ressa a fondé en 2012 le média Rappler aux Philippines où elle est née en 1963. « Elle utilise la liberté d’expression pour dénoncer les abus de pouvoir, l’usage de la violence et l’autoritarisme croissant dans son pays natal, les Philippines », a salué le comité Nobel. Elle a été honorée par le magazine Time en 2018 pour son engagement dans la lutte contre les fake-news. « Rappler a porté une attention critique sur la campagne antidrogue controversée et meurtrière du régime du président Duterte », pointe aussi le comité. « Rien n’est possible sans les faits. Un monde sans faits signifie un monde sans vérité et sans confiance », a déclaré Maria Ressa juste après avoir reçu son prix couronnant son engagement. Elle s’exprimait dans un entretien diffusé par son média d’investigation. Quant à Dimitri Muratov, âgé de 59 ans, il est l’un des fondateurs et rédacteur en chef du journal russe Novaïa Gazeta. Le journaliste « a depuis des décennies défendu la liberté d'expression en Russie dans des conditions de plus en plus difficiles », a souligné le jury. Le quotidien a notamment mis en lumière « la corruption, les violences policières, les arrestations illégales, la fraude électorale et les "fermes de trolls" ».
Selon le dernier classement annuel de Reporters Sans Frontière (RSF), la situation de la liberté de la presse est problématique, difficile, voire très grave dans près de trois quarts (73 %) des 180 pays évalués par l’organisation, et bonne ou satisfaisante dans seulement 27 % d’entre eux. Sur son site, RSF montre que 24 journalistes professionnels ont été tués depuis le début de l’année et que 350 autres restent emprisonnés à ce jour. C'est la première fois que le prix Nobel de la paix récompense la liberté de la presse.
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