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Le couturier français Pierre Cardin a tiré sa révérence à 98 ans

Considéré comme un styliste visionnaire, pionner du prêt-à-porter et le dernier témoin de la mode du 20e siècle, le couturier français Pierre Cardin est mort ce matin, mardi 29 décembre, à l'hôpital  américain de Neuilly-sur-Seine, à l’âge de 98 ans, selon sa famille citée par l’AFP. Avec sa disparition, le monde de la mode perd l'une de ses figures les plus flamboyantes. Les articles de presse qui lui avaient été consacrés au cours de sa très longue carrière remplissaient les trois quarts de son bureau. On y voyait aussi un nombre stupéfiant de photos où il posait avec Cocteau, Rita Hayworth, Jean-Paul II ou Fidel Castro. Le tout couronné par trophées et honneurs : trois Dés d'or décernés par la chambre de la haute couture française, Commandeur de la légion d'honneur, ambassadeur honoraire de l'Unesco, académicien, commandeur de l'ordre du mérite de la république italienne, baron de la Soie en Allemagne, citoyen d'honneur de la ville de Xian… Il avait fait plus de trente-cinq fois le tour du monde.  « Je suis moi-même mon plus beau succès. Je suis un enfant des faubourgs, je suis devenu Pierre Cardin », disait-il selon Le Figaro. Déjà en septembre dernier, un documentaire produit par P. David Ebersole et Todd Hugues, sur les antennes Canal + et dans quelques salles de cinéma retraçait la vie hors-norme de ce couturier, dernier témoin de la mode du XXe siècle.

Précurseur, il s'était très tôt tourné vers l'Asie où il jouissait d'une grande notoriété: il s'était rendu dès 1957 au Japon, alors en pleine reconstruction, et avait organisé des défilés en Chine dès 1979. « Italien de naissance, Pierre Cardin n'a jamais oublié ses origines tout en portant à la France un amour inconditionnel », écrit encore sa famille. « Suprême consécration, il est enfin le premier couturier à entrer à l’Académie des beaux-arts, faisant reconnaître la mode comme un art à part entière. En atteste aujourd’hui son épée d'académicien qu’il a lui-même créée et sur laquelle sont gravés les symboles de sa réussite », ajoute-elle. C’est un monument de la mode qui s’est couché à jamais à quelques encablures de la nouvelle année. D’autant que Pierre Cardin avec ses 850 licences, 500 usines, employait 200 000 personnes  directement ou indirectement dans le monde. A ce propos, il n’a jamais eu le triomphe modeste. Et ne cessait de vanter avec plaisir sa réussite insolente.

Né le 2 juillet 1922 à Sant’Andrea di Barbarana en Vénétie (Italie) de parents cultivateurs, Pietro Costante Cardini grandit en France où sa famille a fui le fascisme. Comme bien d’autres célébrités, il fait partie de cette immigration italienne qui a, dans un climat de méfiance, voire de xénophobie, se sont forgés un mental d’acier pour éclore dans la société française. Dernier-né d’une famille de sept enfants, il avait débuté à 14 ans chez un tailleur de Saint-Etienne avant d’entrer, en 1944 à Paris, dans la célèbre maison Paquin où il dessinera les costumes , puis chez Elsa Schiaparelli, la couturière parisienne d’origine italienne qui comptait parmi ses amis Salvador Dali ou Alberto Giacometti. En 1947, Pierre Cardin est le premier employé de Christian Dior, qui vient d’ouvrir sa maison de couture, à Paris. A ce poste envié, il se vantait d’avoir participé à l’invention du tailleur Bar, dont la veste à la taille fine et aux basques amples avait fait, d’emblée, le succès du New Look.


Et ce bout de phrase ne quittait jamais ses lèvres parlant de sa réussite : « Je suis un enfant des faubourgs. Je suis devenu Pierre Cardin. S’il fallait recommencer, je le referais avec beaucoup d’enthousiasme ».