« Pour une heure, un jour, une semaine ou un mois, laissez-nous entrouvrir nos portes, même si nous devions les refermer en cas de nouveau confinement ! » : telle est la quintessence du message formulée par une centaine de directeurs et présidents de centres d'art, emmenés par Emma Lavigne, du Palais de Tokyo, à Paris. Ce cri de cœur s’adresse à Roselyne Bachelot, ministre de la Culture. Ainsi des pétitions et mêmes propositions concrètes ont été faites au ministère de la Culture. Comme tous les lieux culturels, les musées sont portes closes depuis fin octobre. Et les espoirs d'une réouverture mi-décembre, puis fin janvier, ont été déçus. Des expositions très attendues et coûteuses restent sans visiteurs et doivent parfois être remballées sans avoir été vues. Les pétitionnaires se déclarent prêts à observer un protocole sanitaire renforcé et une jauge encore plus réduite. Ils sont disposés à n'ouvrir qu'une partie de leurs salles, à certains créneaux horaires restreints. Les Français et surtout les jeunes, argumentent les signataires, ont un besoin urgent d'aller redécouvrir les œuvres d'art pour résister à la déprime, et faire ainsi de cette période difficile un « hiver culturel et apprenant ». Ils s'appuient sur des expériences de réouvertures, notamment en Italie et en Espagne.
Des personnalités comme Carla Bruni, Stéphane Bern, Luc Ferry, signataires de la pétition, avaient en début de semaine déjà interpellé le gouvernement : « Les musées sont sans doute les lieux où les interactions humaines et les risques de contamination sont les moins avérés.» Et à Frédéric Jousset de s’interroger sur la politique deux poids, deux mesures du gouvernement. « Pourquoi les bibliothèques, où l'on est en contact avec les livres, les galeries où les espaces sont exigus, sont-elles ouvertes, et pas les musées ? », a-t-il demandé auprès de l'AFP. Pour l’heure, le gouvernement fait la sourde oreille à ses supplices des responsables de musées et à la pression populaire.
Comme les industries agro-alimentaires et de l’automobile, la culture est un poids lourd de l’économie française selon une étude d'Ernest & Young présentée en novembre 2018 par Franck Riester, Jean-Yves Le Drian, en tant que chargé des affaires étrangères et du tourisme, et enfin Bruno Le Maire. Cette activité a progressé quasiment trois fois plus vite que tous les autres secteurs, avec une évolution de 16,9% entre 2013 et 2018. Mais, en volume, le champion de France, voire le champion du monde, c'est le tourisme culturel : monuments, châteaux, musées... En 2018, 52 millions de touristes sont venus visiter un monument ou un musée français. C'est un secteur qui reste très largement subventionné par l'État. Il y a en moyenne 20% de financement public derrière tous nos projets culturels. Il y a un maillage partout sur le territoire que l'on doit à l'État et aux collectivités locales. En France, 1 commune sur 40 possède un musée. 1.450 municipalités ont un festival ou une salle de spectacle.
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