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Après la fusillade au Texas, le débat sur les armes refait surface aux Etats-Unis

Mardi, une énième fusillade aux Etats-Unis a fait 18 victimes principalement des enfants dans une école dans l’Etat du Texas. A la suite de ce massacre inédit, le président Joe Biden, lors d’une adresse à la nation, s’est dit « écœuré et fatigué » par ces fusillades à répétition. Selon lui, le moment est idéal pour plancher sur l’épineuse question du port d’armes aux Etats-Unis. « Nous devons bien expliquer cela à tous les élus de ce pays : il est temps d’agir » pour mieux réguler les armes en Amérique, a-t-il lancé, dénonçant au passage « ceux qui empêchent ou repoussent ou bloquent des lois de bon sens sur les armes à feu ». Peu avant lui, sa vice-présidente Kamala Harris avait lancé : « nous devons trouver le courage d’agir », s’adressant à un Congrès impuissant ou réticent à légiférer malgré la litanie des massacres. Ce n’est pas un secret, aux États-Unis, les fusillades sont un fléau récurrent que les gouvernements successifs ont jusqu’à présent été impuissants à endiguer, car de nombreux Américains restent très attachés à leurs armes. Les derniers chiffres attestent que 30 % des adultes possèdent au moins une arme à feu. Pour mieux contrôler ce fléau, plusieurs projets de lois soumis aux Congrès n’ont pas été adoptés.

Pour ce qui est du contrôle des armes à feu proprement dit, le XXe siècle a été marqué par des allers et retours entre phases de régulation renforcée et phases de dérégulation. Chacune des lois de régulation de vente d’armes a suivi une période de grande violence. Dans les années 1930, elles répondent aux tueries orchestrées par les mafias irlandaise et italienne lors de la décennie précédente, au sujet du commerce d’alcool. Dans les années 1960, c’est à la suite de l’assassinat des Kennedy et de Martin Luther King. Après l’attentat manqué contre Ronald Reagan, en 1981, la volonté de renforcer le contrôle des armes à feu se reflète dans la loi Brady de 1993, qui impose la création d’un « registre », soit la vérification des antécédents psychiatriques et judiciaires de l’acheteur lors de l’acquisition d’une arme neuve. En 1994, une autre loi restreint la vente d’armes automatiques. Mais cette loi, votée pour une durée de dix ans, n’a pas été reconduite en 2004. Nous sommes aujourd’hui dans une phase de grande dérégulation, encouragée par la National Rifle Association (NRA), le très puissant lobby proarmes à feu.

Les sondages d’opinion indiquent qu’une légère majorité de la population est en faveur d’un contrôle renforcé de la vente d’armes. Mais les partisans du port d’armes sont bien mieux organisés, bien plus efficaces. La question du contrôle est en outre fort complexe. Tout le monde ou presque est favorable à une plus ample régulation des armes automatiques, qui permettent de tirer un très grand nombre de balles en peu de temps, comme lors de la récente tuerie de Las Vegas. Mais la NRA s’y oppose, forte de son slogan : « Les armes ne tuent pas les gens. Les gens tuent les gens. » La NRA considère que le moindre début de contrôle des armes à feu vise à terme à remettre en question le principe même du port d’arme. C’est ainsi qu’elle se bat contre la généralisation des armes « intelligentes » (smart guns), qui ne fonctionnent qu’entre les mains de leur propriétaire, par reconnaissance des empreintes digitales. Elles seraient une réponse aux accidents qui tuent chaque semaine des enfants dans le pays. Mais la NRA est parvenue à les marginaliser en arguant que la technologie n’était pas viable et qu’elle reviendrait à augmenter le prix des armes. On est là dans un lobbying tout ce qu’il y a de plus cynique, qui constitue l’un des travers de la démocratie américaine.